Alter-Egales : Combattre les stéréotypes latents dès l'adolescence

PRÉAMBULE

 Dès sa constitution sous la forme d’une ASBL, la Leep-Liège s’est employée à œuvrer pour une société égalitaire. La Ligue a notamment œuvré à l’intégration des personnes d’origine étrangère au cours de différents projets en particulier le projet pilote lancé par le CRIPEL en 2013. La Ligue avait alors dispensé des modules de citoyenneté et des modules d’insertion socioprofessionnelle. À l’heure d’aujourd’hui, nombre de nos concitoyens considère que l’égalité entre hommes et femmes sur le plan professionnel comme social a été atteint et que, ainsi, cette lutte est l’écho d’une autre époque. Or, les chiffres présentés par les organisations féministes et féminines mettent à mal cette idée reçue. Les inégalités persistent.

C’est un constat allant à l’encontre des valeurs de la démocratie chère à la Ligue de l’Enseignement et de l’Éducation permanente. La lutte en faveur d’une société égalitaire s’articule en plusieurs pans. La lutte contre les inégalités femmes/hommes est l’un d’eux. En tant qu’ASBL engagée, la Ligue se devait donc de répondre à l’appel à projets du nouveau ministère des Droits des Femmes afin de se positionner et de montrer son engagement dans cette lutte au niveau de la Province et de la Ville de Liège. Mettre en place un projet innovant a été pour nous un devoir citoyen.

INTRODUCTION

La Ligue de l'Enseignement et de l’Éducation permanente de Liège ASBL a collaboré au projet Alter Égales, financé par la Fédération Wallonie-Bruxelles, avec le soutien du Cabinet de Madame la Ministre, Isabelle SIMONIS, en charge de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances.

Notre projet proposait de s’attaquer aux stéréotypes afin de faire bouger les mentalités. Nous avions fait le choix d’un projet pédagogique s’adressant aux élèves de trois écoles de l’enseignement public en Province de Liège (enseignement de la FWB, provincial et communal).

Nous avons donc collaboré avec trois classes de quatrième année secondaire de l’Athénée Verdi à Pepinster, de l’IPEA de La Reid et de l’Athénée Maurice Destenay à Liège, respectivement d’enseignement technique, professionnel et général.

Le projet a été divisé en huit modules et s’est étendu de janvier à mai 2016, à raison de deux heures par module.

  1. Les modules
  2. Organisation

 PHASE 1

La première phase a été une phase de sensibilisation. Nous sommes intervenus en classe en collaboration avec les professeur(e)s d’histoire, de morale, d’EPA et de français. Une fois par semaine, un module traitant de l’histoire de la femme a été présenté aux classes participant au projet.

Ces modules ont présenté l’évolution des conditions de la femme de 1850 à aujourd’hui au moyen de présentations interactives et de supports originaux (bandes dessinées, objets…).

Nous avons donc mis en place des outils pédagogiques concrets à partir de cette thématique.

PHASE 2

La seconde phase a été la mise en place d’un atelier pratique au sein de la classe. L’image de la femme véhiculée dans les médias et notamment les publicités sont un véritable problème. Les publicités contribuent à la construction d’une image sexiste de la société au même titre que la sexualisation des jouets (dînette contre mini moto).

Au cours de cet atelier, les élèves ont été amenés à analyser un ensemble de publicités mises à leurs dispositions. Les publicités ont préalablement été choisies afin de constituer un corpus de publicités télévisées et papiers de 1990 à aujourd’hui porteuses de stéréotypes sur l’homme et la femme. Les apprenant(e)s ont, donc, été amené(e)s à réfléchir et à s’exprimer sur le rôle des images dans leurs conceptions des rapports femmes/hommes dans la société.

PHASE 3

La troisième phase a fait intervenir une femme travaillant dans une entreprise de travaux dits « d’hommes ».

Provenant d’une structure à haut taux d’employés masculins, elle a présenté aux élèves son quotidien dans ce milieu. Elle a, ensuite, expliqué le choix de cette vocation et les difficultés rencontrées en tant que femme au quotidien. Nous avons, enfin, ouvert le débat avec les adolescent(e)s sur la question.

 PHASE 4

La quatrième phase a concerné le compte-rendu de l’ensemble du projet. Les élèves ont dû remplir un questionnaire afin que soient recueillies leurs impressions sur le témoignage de l’intervenante en classe ainsi que sur les connaissances acquises au cours des précédentes phases. Nous avons également créé un jeu de société reprenant l’ensemble des thèmes abordés dans les différents modules pour les élèves.

 3. Déroulement d’une animation

 Chaque semaine, nous sommes intervenus dans les trois classes participantes à raison d’un module de deux heures par semaine. Durant la première heure d’animation, les élèves ont été invités à se mettre en groupes mixtes. Ils ont reçu, ensuite, un dossier et des supports pédagogiques (images, photographies, vidéos, objets…) en rapport direct avec la thématique de chaque module. Ils ont analysé ensemble les différents documents, et répondu à des questions présentes dans le dossier pédagogique.

La deuxième heure de cours a, quant à elle, été consacrée à la mise en commun des observations et des remarques discutées au sein de chaque groupe. L’interaction, la participation et l’ouverture de débat, ont été de mise pour l’ensemble des modules. Durant cette phase, nous avons insisté sur l’envie de se pencher, avec les élèves, sur un travail de réflexion, d’argumentation de point de vue, d’écoute de l’autre dans un débat constructif.

4. Présentation des modules

 Module 1

La femme et le travail au XIXe siècle.

Comment le monde moderne a exclu les femmes du monde du travail ?

La place de la femme dans le monde ouvrier.

Objectifs

Comparer un document écrit et un document iconographique en relation avec notre thématique.

S’interroger sur la nouvelle conception de la femme dans la bourgeoisie du XIXe siècle.

Réaliser un parallèle entre la femme bourgeoise du XIXe siècle et la femme issue de la classe ouvrière.

Module 2

Montée de la cause féminine durant la Première Guerre Mondiale.

Les femmes de l’Entre-deux-guerres.

Objectifs

Sensibilisation à la communication et aux médias : montrer comment des revues pour jeunes filles reflètent différentes idéologies sociétales.

Module 3

De 1945 à aujourd’hui : la libération de la femme.

Avancées des droits sociaux et industrialisation.

Objectifs

Faire prendre conscience du rapport femmes/hommes durant la Deuxième Guerre Mondiale.

La guerre est-elle une affaire d’homme ?

Quelle évolution dans la société ?

Module 4

Société actuelle : Femme de pouvoir/Inégalités et stéréotypes latents.

La femme est-elle égale à l’homme ?

Persistance des stéréotypes dans la vie de tous les jours.

Inégalités persistantes au travail ?

Tâches de femmes/d’hommes.

Objectifs

Se remettre en question.

Sensibiliser les élèves aux inégalités qui demeurent encore aujourd’hui.

Module 5

Évolution en 20 ans et persistance de clichés, des années 1990 à maintenant.

Objectifs

Prendre conscience de la sexualisation de la publicité.

Prendre conscience du rôle des images dans notre conceptualisation de la société.

Module 6

Prolongement du module 5 (de la petite fille à la femme).

Persistance des clichés aujourd’hui.

Objectifs

Prendre conscience de rôle des images dans notre conceptualisation de la femme dans notre société.

Module 7

Découverte de métiers dits d’hommes exercés par des femmes.

Intervention d’une femme exerçant un métier dit « d’homme » en classe : Visite de Marie-Hélène Théatre, agent technique en chef, service des plantations de la Ville de Liège.

Objectifs

Ouvrir un débat sur la question.

Module 8

Compte-rendu et feed-back de l’ensemble du projet.

Objectifs

Recueillir les impressions des élèves sur l’ensemble du projet à l’aide d’un questionnaire ainsi que les connaissances acquises au cours des précédentes phases.

Mise à disposition d’un jeu faisant la synthèse de ce qui a été vu.

5. Les objectifs

À travers ce projet, nous voulions apporter des supports didactiques « vivants » permettant aux apprenant(e)s de s’exprimer, d’ouvrir le débat, d’interagir et de confronter leurs avis.

Notre projet a donc pu s’intégrer dans les programmes de l’enseignement officiel, en français et en morale.

Il a permis également de développer les compétences suivantes : argumenter, synthétiser ou encore communiquer ; en collaboration avec les enseignant(e)s de français et de morale participant(e)s au projet.

L’objectif général poursuivi par notre projet a été de sensibiliser les adolescent(e)s, citoyen(ne)s de demain, aux inégalités latentes qui demeurent dans notre société entre les hommes et les femmes en mettant en avant les inégalités dans le monde professionnel. Il s’agit donc là d’un projet visant :

  1. À faire prendre conscience aux adolescent(e)s que la société démocratique et égalitaire belge est toujours en construction.
  1. À lutter contre les idées reçues et les stéréotypes préconstruits que les adolescent(e)s ont.
  1. Leur faire prendre conscience de ces stéréotypes.
  1. Faire des citoyen(ne)s de demain des individus critiques.

6. Les apprenant(e)s/les groupes-classes

  1. Hétérogénéité

Dès le lancement du projet, nous avons fait le choix de collaborer avec des écoles de l’enseignement public (officiel, provincial et communal) aux seins de classes hétérogènes tant en répartition de genres que de sections (technique, professionnel et général).

CLASSE DE 4P-ÉQUITATION-IPEA-LA REID

CLASSE DE 4TQ-P-ATHÉNÉE ROYAL VERDI-PEPINSTER

CLASSE DE 4GT-MODERNE-IMMERSION-ATHÉNÉE COMMUNAL MAURICE DESTENAY-LIEGE

  1. Sections et répartition filles/garçons

ATHÉNÉE ROYAL VERDI-PEPINSTER

Année d’étude 4e année secondaire
Formes d’enseignement Technique de qualification et professionnel
Degré 2e degré
Sections Aide familiale et sociale

Bureautique

Électro-mécanique

Mécanique polyvalente

Nombre total d’élèves en classe 16
Nombre total de filles en classe 9
Nombre total de garçons en classe 7
Répartition Filles/Garçons par section
Aide familiale et sociale 4 Filles
Bureautique 5 Filles

1 Garçon

Électro-mécanique 3 Garçons
Mécanique polyvalente 3 Garçons

 

IPEA-LA REID

 

Année d’étude 4e année secondaire
Formes d’enseignement Professionnel
Degré 2e degré
Section Equitation
Nombre total d’élèves en classe 21
Nombre total de filles en classe 20
Nombre total de garçons en classe 1
Répartition Filles/Garçons par section
Equitation 20 Filles

1 Garçon

 

 

ATHÉNÉE COMMUNAL MAURICE DESTENAY-LIÈGE

 

Année d’étude 4e année secondaire
Formes d’enseignement Général de transition
Degré 2e degré
Sections Moderne

Moderne Immersion

Nombre total d’élèves en classe 22
Nombre total de filles en classe 20
Nombre total de garçons en classe 2
Répartition Filles/Garçons par section
Moderne 15 filles

2 garçons

Moderne Immersion 5 filles

7. Bilan qualitatif

  1. Difficultés rencontrées au cours du projet

 

Au cours du projet, nous avons veillé au bon déroulement des séances d’animations. Cependant, nous avons dû nous accommoder aux aléas inhérents à l’organisation interne des établissements et de la vie en classe.

En effet, il a été parfois difficile d’accorder nos agendas pour la mise en œuvre du projet ; particulièrement pour trouver une plage horaire de deux heures consécutives dans les emplois du temps des professeur(e)s et des groupes-classes pour dispenser nos animations.

Nous avons également constaté un taux d’absentéisme, parfois conséquent, des élèves impliqués dans le projet. Il nous a donc été, quelquefois, compliqué de réaliser nos animations (travail en groupe) sur du long terme.

Enfin, nous souhaitons, à l’avenir, rendre également nos animations encore plus « vivantes » pour permettre aux groupes-classes de se détacher du cours donné par l’enseignant(e) afin d’impliquer encore plus les élèves dans le processus d’apprentissage et de réflexion que nous avons mis en place avec le Projet Alter Égales.

 

2. Bilan positif

 

Forts de cette expérience, nous pouvons tirer un bilan très positif de notre projet.

Tout d’abord, nous avons constaté un réel intérêt pour les modules proposés en classe.

Tout au long du projet, les notions de sexisme, de féminisme, de stéréotype, de genre, de sexe, ou encore de préjugé ont pu se dégager des discussions et des débats développés durant les animations.

Les élèves ont, ensuite, eu une véritable prise de conscience du rôle, du statut et de l’image des femmes véhiculés par la société.

Ils ont été interpellés par le rôle important de la femme durant la Seconde Guerre Mondiale (Femmes résistantes, infirmières…).

Ils ont, en outre, réalisé que l’image des femmes qui est répandue dans certains médias (TV, cinéma, presse, publicité sexiste…) conditionne leurs propres choix, leurs modes de consommation et leurs comportements au quotidien.

Ensuite, grâce au témoignage de Madame Théatre, agent technique en chef au service des plantations de la Ville de Liège, les élèves ont pu apprécier le travail au quotidien d’une femme exerçant un métier dit « d’homme ». Ils ont été particulièrement enthousiastes quant à sa venue.

Enfin, ils ont pu constater que le chemin était encore long pour atteindre une égalité réelle femme/homme et que certaines inégalités persistent encore aujourd’hui.

 

CONCLUSION

Le point sur la situation aujourd’hui et dans l’avenir

 

Les animations en classes se sont achevées le 27 mai 2016. Au vu du succès rencontré dans les écoles participantes, nous souhaitons renouveler l’expérience dès septembre 2016 avec d’autres classes et d’autres établissements scolaires en Province de Liège.

Ainsi donc, afin de pérenniser et d’étendre notre projet, nous avons rentré une nouvelle demande de subside à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Nous espérons pouvoir poursuivre le projet Alter Égales durant l’année scolaire 2016-2017.

Nous allons également participer à l’émission de radio Sainte-Walbouge, diffusée sur Equinoxe FM (100.1). Proposant un focus sur le monde associatif liégeois, nous y présenterons notre ASBL ainsi que nos projets en cours et ceux futurs.

Nous aurons donc l’opportunité d’exposer le projet Alter Égales dans son ensemble ainsi que les avis récoltés des élèves et des enseignants ayant participé au projet. L’émission sera diffusée le 16 septembre 2016 à 13h et disponible en podcast sur la page Facebook de la radio dès le lendemain.

 

 

 

REMERCIEMENTS

 

Aide à la réalisation du corpus didactique et des animations :

Le Centre d’Action Laïque de la Province de Liège, les Territoires de la Mémoire, le Musée du Jouet de Ferrières, les Femmes Prévoyantes Socialistes.

 

Écoles et enseignant(e)s participant(e)s au projet :

Institut Provincial d’Enseignement Agronomique de La Reid, Athénée Royal Verdi, Athénée Communal Maurice Destenay.

Marie-Noëlle Sacré, Tiffany Janssen, Louise Moor, Sébastien Dufour, Marie-Hélène Théatre (intervenante extérieure).

 

Soutiens et partenariats :

La Ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances, la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Province de Liège, la Ville de Liège.

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Avec le soutien de :